La signification suprahistorique du massacre des derniers Romanov - III

28.08.2017

1917 - 2017 : Enjeu et conséquences de la Révolution d'Octobre

Cette année, exactement 100 ans se sont écoulés depuis les événements d'une gravité sans précédent dans l'histoire - le renversement de l'Etat et la liquidation de l'Empire Russe, suivi par l’établissement du régime communiste. Comme impact catastrophique sur le destin de l'humanité, seule la prétendue Révolution française, le basculement de 1789, peut ressortir de la même logique maléfique. À un siècle de cet effondrement abyssal, la compréhension de la rupture ontologique de cette époque, de ses dimensions mystiques, spirituelles, géopolitiques et anthropologiques, est loin d'être profonde et complète. Bien qu'évidemment, tout effort pour approfondir la signification particulière de cette fracture externe demeurera incomplet de toute façon, son contenu exhaustif va au-delà de la condition humaine. Et pourtant, le rapprochement vers la vérité, l'investigation, l'intuition et la définition des causes profondes qui ont déterminé la chaîne d'événements déclenchée en 1917, représentent une nécessité naturelle et même une commandement majeur pour ceux qui assument la vocation de se battre avec les forces de l'obscurité.

Jean Parvulesco, mystique, géopoliticien, philosophe, écrivain, mais avant tout grand visionnaire, ce Français d'origine roumaine, ce grand dissident de Paris, a produit une œuvre d’une splendeur énigmatique. Nous avons fait appel à son travail maintenant, précisément parce qu'il semblait parfaitement opportun de porter à l'attention du lecteur un chapitre de son livre «Vladimir Poutine et l'Empire Eurasien», qui est en cours de publication en roumain. Nous espérons que, dans des délais brefs, nous pourrons contribuer à la réédition de ce travail dans la version française originale et sa traduction en russe), du chapitre intitulé «La signification supra-historique du massacre des derniers Romanov». Ce chapitre reproduit le texte de la conférence tenue par Jean Parvulesco devant le « cercle intérieur » de la «Société Philosophique Jean Parvulesco», à Neuilly, le 20 décembre 1994

Ainsi, ce texte paraîtra simultanément à Paris (grâce à Alain Soral) sur www.egaliteetreconciliation.fr, à Moscou (grâce au professeur Alexandre Douguine) sur www.geopolitica.ru, à Bucarest (grâce à Cristi Pantelimon) sur www.estica.eu et à Chisinau sur www.flux.md,  respectivement, en français, en russe et en roumain. Merci à mes amis d'avoir collaboré à ce projet médiatique, visant à donner un nouvel éclairage de l’année 1917. Nous avons choisi de publier ce texte fondamental car si l'on ne connait pas les significations profondes de cette révolution apostate et régicide, la possibilité de déchiffrer la réalité d'aujourd'hui est minime. Chacun des dix fragments sera numéroté pour permettre au lecteur de suivre le contenu de cette œuvre.

Iurie Roșca (Moldavie)

 

Jean Parvulesco // La signification suprahistorique du massacre des derniers Romanov: Le redressement de la Russie

 

Un gigantesque changement intérieur de l'histoire européenne grand-continentale eurasiatique va devoir renouveler, dans le peu d'années qui restent jusqu'à la fin du millénaire presque déjà révolu, dans les dix premières années du prochain millénaire, l'identité propre de celle-ci et jusqu'à son destin même - son destin historique et, aussi, et surtout, désormais, son destin spirituel, son nouveau destin spirituel - et ce renouvellement étant commandé, avant tout, par le retour impérial de la Russie au sein de la communauté européenne, retour rendu possible - et impérieusement nécessaire - par l'effondrement du communisme en Russie et partout dans l'Europe de l'Est. A travers la Russie, l'Europe retrouve, à présent, à nouveau, ses destinées eurasiatiques antérieures. Alexandre Dougine ne dit-il pas que la Russie est le pont de l’Europe vers l’Inde ?

 

Dans un certain sens, c'est précisément le retour de la Russie à l'histoire, son arrachement final à l'anti-histoire dont elle s'était faite l'avant-garde agissante du temps de son assujettissement forcé à la conjuration mondiale du communisme, qui est en train de constituer, à l'heure présente, les fondations nouvelles - les refondations vivantes - de la nouvelle histoire eurasiatique du monde, déjà en cours, histoire encore à venir dans toutes ses disponibilités mais, qui, au niveau des principes, est déjà là : sans la Russie rien n'était possible, tout nous est à nouveau possible avec la Russie.  Ainsi que l'observait Guido Giannettini dans un de ses essais géopolitiques d'avant-garde, pour la première fois depuis des temps indéfinis, depuis la fin même, peut-être, du néolithique, les hommes d'un même sang et appartenant à la même vision fondamentale de l'être et du monde, à une même civilisation profonde, se retrouvent à nouveau ensemble, prêts à intégrer l'ancienne unité de leur prédestination commune, de l'Atlantique aux Pacifique.

 

La Russie, cependant, devra avant tout savoir pouvoir se retrouver elle-même, dans les profondeurs, et jusqu'au niveau le plus périclité de son actuelle histoire immédiate, qui se trouve en état de crise totale. Surmonter, dépasser cette crise.

 

Or, pour que la Russie se retrouve ainsi elle-même, deux conditions dogmatiques me paraissent nécessaire : exorciser, abyssalement, anéantir le spectre de V.I. Lénine et ce que celui-ci signifie, tout ce que celui-ci signifie, et apaiser les ombres injuriées, toujours inconsolées et inconsolables, de la souche impériale des Romanov si ignoblement dévastée en 1918, à Ekaterinbourg.

 

Suivant cette dialectique du rachat et de la réparation mystagogique d'une réalité historique dépravée, excommuniée de l'ordre avouable du monde, la momie de V.I. Lénine devra-t-elle être réduite en cendres et ces cendres dispersées, neutralisées suivant les anciennes lois secrètes de l'expropriation et de l'expulsion en force hors des limites juridiques de ce monde de ce qui s'y était infiltré en provenance d'ailleurs, et avec des intentions hostiles, ainsi que de toutes traces d'influences occultes, indéfiniment néfastes et persistantes, attachées à cette momie et à son double d'ombre - ou doubles d'ombre - dépendantes de cette momie ou des états de sa stagnation spectrale encore en réverbération, et pouvant répondre à des sollicitations renouvelées, d'où qu'elles vinssent, y inclus du néant intermédiaire des mondes et des infra-mondes antiontologiques de nature spectrale qu'ont su entrevoir certains éléments instruits par le groupe ultra-secret de (…), ou dans sa suite persistante en Grande Bretagne.

 

Ce travail d'exorcisme cosmique doit être confié au Dalaï Lama personnellement, qui seul dispose aujourd'hui des appareillages, des agrégations humaines et surhumaines capables encore de poursuivre irrévocablement, jusque y inclus dans les "espaces extérieurs", une opération de ce genre et de cette importance cosmique, capable de faire se désagréger les agrégats démonologiques depuis si longtemps à l'œuvre.

 

Quant à l'apaisement des Romanov, suppliciés et profanés à dessein à l”Ekaterinbourg, il faudrait pouvoir arriver, pour que ce qui doit être fait à ce sujet se fasse dans les règles, et tout à fait efficacement, à un état de mobilisation, d'œcuménicité nationale russe totale sur ce projet, intégrant dans un même élan profond et saint, le retour de la nation tout entière au sentiment antérieur, ainsi qu'à leur canonisation régulière par l'Eglise Orthodoxe de Russie et, éventuellement, par l'Eglise de Rome aussi. Car il faut que les ombres suppliciées des Romanov acceptent charitablement de faire leurs aussi l'immense épreuve de sang versé et de souffrances qui fut celle du peuple russe pris dans le piège du communisme, et que le peuple russe en vienne à s'identifier consciemment - ainsi d'ailleurs que cela fut fait, les dizaines de millions de victimes innocentes, russes et autres, n'en finissent plus de le témoigner silencieusement - au supplice final, métasymbolique, liturgique et cosmiquement signifié des Romanov eux-mêmes, et que les deux holocaustes soient ainsi offerts, ensemble, à Dieu pour le rachat et la transfiguration, l'assomption et l'exaltations divines, pour leur intégration amoureuse et thaborique dans la Montagne de Souffrance, dans le Carmel Noir édifié par le communisme à des fins finalement retournés contre lui-même, perdant, ainsi, en dernière instance, par la très secrète dialectique nocturne de la Divine Providence en action, toujours qui veille.

 

D'autre part, au niveau sidéral ou n'apparaissent plus ni n'agissent que seuls les intersignes produits par la divinité elle-même, une haute procédure rituelle resterait encore à accomplir : que l'on remplaçât, sur le faîte du Kremlin, l'"étoile rouge" de V.I. Lénine par une représentation de Notre-Dame de l'Assomption. Saint Maximilien Kolbe n'avait-il pas prédit, avant la dernière guerre, que le jour viendra où la figure glorieuse de Marie l'Immaculée va illuminer la terre et les cieux depuis le sommet ultime du Kremlin ?

 

Or, ne l'oublions pas, l'Eglise originelle du Kremlin, œuvre de Ridolfo Fioravanti, est dédiée à Notre-Dame de la Dormition, autrernent dit à Notre-Dame de l'Assomption, à Maria in cœlo assumpta.

 

Le couronnement mariai du Kremlin vaut infiniment plus qu'un symbole du retour à la foi ancestrale de la Russie orthodoxe, si longtemps dégradée, parce qu'un mystère abyssal y tient ses assises ontologiques : la toujours inexplicable libération de la Russie du communisme, telle que celle-ci eut à se faire, comme dans l'espace d'un rêve, de quelle manière irréelle, n'a-t-elle pas été le résultat d'une intervention directe de Marie l'Immaculée dans l'histoire actuelle du monde, intervention annoncée sous condition lors des apparitions mariales de Fatima, en 1917, et qui ne devait s'accomplir que sous l'engagement formel de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, consécration à proclamer par le Souverain Pontife régnant à Rome, "en étroite et profonde communion de vœu avec l'ensemble de ses Evêques" ?

 

C'est donc très miraculeusement que la libération de la Russie du communisme s'est faite, peu de temps après la proclamation par le Pape Jean-Paul II, de la consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie, et ce malgré  et par-dessus ce qu'eussent pu croire ceux qui, en Allemagne et en Russie, s'y trouvaient à ce moment-là secrètement mobilisés à leur tâche conspirative antisoviétique, et qu’elle ait pu bien avoir été sur le terrain la part de leur action dans l'ombre, la part de leur action politique spéciale, souterraine, l'inconcevable miracle de la libération de la Russie du communisme ayant été - il faut le reconnaître absolument - l'œuvre directe, et personnelle, du Cœur Immaculé de Marie, de celle-là même que saint Maximilien Kolbe appelait l'Immaculée.

 

Le couronnement devrait-on même dire la coronation - mariale du Kremlin deviendrait alors, et avant tout, comme une Action de Grâce, le geste charismatique des remerciements de la Russie à l'égard de ça. Divine Libératrice, et de son Cœur Immaculé.

 

Ainsi les développements présents et à venir du symbole du couronnement mariai du Kremlin visionnairement entrevu et annoncé par saint Maximilien Kolbe deviennent ils plus importants que le fait de ce symbole lui-même, qui s'ouvre déjà, à l'heure actuelle, sous le soleil du mystérieux dessein mariai en marche comme un bourgeon qui livre successivement le secret de ses transformations implicites, prévues, présentes en lui avant qu'il n'ait à s'ouvrir, et qui ne se laisseront connaître qu'en s'accomplissant en pleine lumière du jour, au dernier état de sa métamorphose.

 

Vers où va-t-il donc le grand dessein salvateur du Cœur Immaculé de Marie, quelle en sera la conclusion suprahistorique, inouïe, le moment venu et compte tenu de ce qui s'est déjà fait jusqu'à présent ?

 

Un témoignage en provenance de l’actuel pouvoir politique russe

 

Cependant, par acquis de conscience, j'ai également tenu à connaître un point de vue opposé au mien quant aux nouveaux chemins, qu'il faudrait, d'après moi, que la Russie emprunte pour rencontrer sans plus tarder ses ultimes destinées révolutionnaires grandeuropéennes, eurasiatiques. Pour qu'elle puisse devenir cette "Nouvelle Russie" dont on attend tant.

 

Ainsi, ayant fait part de la grille de ces instructions eschatologiques révolutionnaires qui me semblent s'imposer d'urgence, à quelqu'un qui, récemment, avait détenu, et détient encore de très hautes fonctions politiques spéciales à Moscou - quelqu'un qui eût pu être Oleg Lobov, ou Iouri Skokov, etc. - et dont les convictions intimes, sous la couche de leurs circonvolutions diversionnelles, de précautions de circonstance, me paraissent quand même être les mêmes, en fin de compte, que celles des nôtres, je me suis attiré la suivante réponse d'ensemble. Que voici :

 

"Je ne nie pas qu'à un certain niveau, les considérations spirituelles et religieuses, voire mystiques, dont vous nous faites part peuvent avoir leur importance, sans doute, quelque part, une importance plus ou moins décisive, capable de changer entièrement la face des choses, dans le présent et, surtout, dans l'avenir. Mais il n'en reste pas moins certain que votre point de vue - auquel, encore une fois, je souscris, personnellement, sans réserve, mais personnellement seulement - ne saurait en aucun cas détenir une utilité opérative réelle, immédiate, dans la Russie d'aujourd'hui. Les problèmes ultra-vitaux de la Russie sont à l'heure actuelle - et le seront de plus en plus, et pour bien longtemps encore - des problèmes d'ordre exclusivement matériel, des problèmes économiques et sociaux d'une gravité dont personne en Occident ne peut actuellement avoir la moindre idée. La bande de traîtres et de crétins dégénérés qui se sont trouvés chargés de conduire le processus révolutionnaire de la sortie - de l'arrachement - de la Russie du communisme nous ont amenés, en trois ans, au bord d'une catastrophe sans nul précédent connu ou ne fût-ce que tout simplement imaginable, une catastrophe peut-être déjà irrémédiable, comme enclose sur elle-même et pouvant désormais aller jusqu'à des formes de démence, de suicide collectif et tout à fait disposé à attirer le monde entier dans le terrible tourbillon apocalyptique de son spasme dernier. La dotation nucléaire originelle de la Russie - de l'Union Soviétique - reste en principe aussi opérationnelle que plus ou moins intacte, ne l'oublions à aucun instant. Je vous dis cela pour que vous le sachiez, et que vous le sachiez, précisément, de ma part, et pour que vous ne puissiez pas prétendre, par la suite, qu'on ne vous en aura pas prévenu quand il était encore temps pour que vous puissiez réagir, prévenir l'inconcevable. Une aide matérielle - financière, économique, industrielle, d'encadrement et d'éducation, de relève technologique et culturelle - soutenue, massive, stratégiquement concertée, planifiée sur des  années, des  appuis opérationnels, une présence réelle, de dimensions appropriées, telles que le Président Richard Nixon en avait préconisé la portée, en eussent peut-être pu sauver ce qui pouvait encore l'être, mais je crois - nous craignons très fort - que désormais il ne fût déjà trop tard pour tout cela. Dans cette situation, parler de la neutralisation magicienne de la momie de Lénine par les soins du dalaï-lama, de la canonisation des derniers Romanov massacrées en 1918, du couronnement du Kremlin par une statue votive de Notre-Dame de l'Assomption, relève -je suis désolé d'avoir à vous le dire si ouvertement - de je ne sais quelle forme hallucinée de provocation qui, au mieux, ne va pouvoir intéresser - voire même mobiliser - que des groupuscules marginaux, ou des fractions élitistes révolutionnaires du genre de celles qui sont en train de se constituer actuellement autour de personnalités d'influence occidentale spéciale, comme Alexandre Douguine et certains de ses proches camarades de combat. On est donc encore loin, fort loin de ce que vous appelez vous-même l'"état d'œcuménicité intérieure" de l'ensemble des peuples de Russie. Mais, qui sait, moi-même après tout je peux tragiquement me tromper dans ma propre analyse de la situation. Au point où nous en sommes arrivés, en cet état de désespoir absolu, sans nulle rémission, tout devient - tout redevient - brusquement possible, et surtout impossible : il faudra voir sur place, en temps de circonstances réelles, aller somnambuliquement de l'avant, ne plus tenir compte de rien. Je ne sais plus, vraiment je ne sais pas. Après tout, moi aussi je le sais aussi bien que vous : c'est le spirituel qui commande au matériel, le supérieur qui commande à l'inférieur, et non pas inversement. Mais, d'autre part, vous n'avez aucune connaissance de ce que signifie, je veux dire de ce que signifie dans les faits, la situation présente de la Russie, l'actuelle déchéance sociale du peuple russe et des épuisements, de plus en plus irréversibles, de sa propre conscience de lui-même, de sa honte et de son désespoir, de son impuissance, de son état de démantèlement intérieur.

 

Mais c'est aussi à cause de cela très précisément que, tel que vous vous enhardissez à le prévoir, un renversement soit à présent devenu, miraculeusement, possible. Et même, comment dire, le "Grand Renversement". Attendons, faisons ce que nous pouvons encore faire et, de toutes les façons, vos lumières, je l'avoue en toute sincérité, nous sont, vraiment, extraordinaires précieuses. Sauvez-nous, je vous dis, afin qu'à notre tour nous puissions vous sauver. Entre l'Europe et la Russie, il y a, désormais, secrètement, une communauté de destin absolument tragique. C'est une attitude suicidaire que de l'ignorer".

 

Or quelques jours après, je devais parler, en la présence de Robert Steuckers et de Christopher Gérard, à Alexandre Douguine aussi, de l’obligation inspirée du couronnement symbolique du Kremlin par une figure de Notre-Dame de l'Assomption, lui demandant même qu'il prenne sur lui le recours à la dialectique aventureuse du fait accompli, qu'à la faveur d'un coup de main jouissant de certaines complicités officieuses à l'intérieur de l'actuel dispositif de sécurité du Kremlin une statue de Notre-Dame de l'Assomption fut amenée à y remplacer l'"étoile rouge" du communisme, sur ses hauteurs.

 

Je crois qu'on peut difficilement concevoir une identité de vues plus parfaitement agencée que celle des positions d'Alexandre Douguine et des siens et de nos propres positions métahistoriques d'ensemble, à tous les niveaux et sur tous les sujets de nos actuels combats, et surtout quant aux orientations politiques directes de notre action commune grand-continentale déjà en cours, concernant la "ligne eurasiatique" et l'aboutissement prévu de celle-ci, à savoir notre projet de l'"Empire Eurasiatique de la Fin".

 

Or les réticences produites par Alexandre Douguine à l'égard de l'"Acte Spirituel Ultime", le couronnement du Kremlin par Notre-Dame de l'Assomption, me semblaient, sur le coup même, produites surtout par son enracinement dans ses convictions orthodoxes ancestrales, immobilisées de par le poids même de leurs actuelles survivances suractivées, sans doute, par les changements de situation en cours, par le retour de l'orthodoxie russe au pouvoir et peut-être aussi par certaines tentatives interventionnelles catholiques sur place. Car, à ce qu'il semblerait, Rome n'entend pas du tout adopter une attitude de passivité face au processus du réveil ardent du christianisme en Russie.

 

Aussi les empêchements plus ou moins avoués d'Alexandre Douguine au sujet de la vision de saint Maximilien Kolbe et sa réalisation dans les faits devenue urgente, capitale, ne concernent en rien l'affirmation du principe de la plus grande guerre spirituelle que nous menons, mais les implications catholiques de cette affirmation, et elles seules. Car l'affirmation de principe, la pierre angulaire de notre actuelle grande guerre spirituelle, c'est bien celle de l'"Acte Spirituel Ultime", le couronnement du Kremlin par Notre-Dame de l'Assomption en remplacement de l'"étoile rouge" du communisme.

 

Ainsi on le voit bien, c'est la confrontation sur le terrain, et sur le terrain plus que doctrinalement, entre le catholicisme et l'orthodoxie qui va constituer, dans les années de tourmente noire et de vertige qui viennent, l'empêchement insurmontable de la mise en œuvre d'une véritable politique grand-continentale d'intégration européenne totale. Comment faire, alors ? Ce n'est certes pas le lieu, ici, ou l’on doit en parler, ni décider quoi que ce fût à ce sujet. Mais je suis bien persuadé que c'est sur cette ligne de confrontation, sur cette faille tectonique suprêmement décisive qu'il faudra qu'ait lieu le véritable saut en avant par-dessus le vide, afin que les uns et les autres nous trouvions comment revenir à la vision contre-révolutionnaire de l'Empereur Mystique, le grand Alexandre Ier, et de la Sainte Alliance des Trois Empires chrétiens. L’Empire d'Allemagne, l'Empire d'Autriche et l'Empire Russe, ce qui revient à prévoir à terme l'intégration du catholicisme et de l'orthodoxie en une seule instance impériale de présence et de témoignage de vie au sein d'une même et seule structure impériale d'Eglise. Les résistances à ce projet de réintégration impériale d'une seule religion grand-continentale, qu'elles vinssent de l'intérieur du catholicisme ou de l'intérieur de l'orthodoxie, on le comprend et il est temps qu'on le dise, devront être brisées par la force, anéanties. Et il n'est absolument question que l'on puisse revenir là-dessus.

 

Nous retrouverons, ainsi, le sens final de la définition de Mœller van den Bruck en disant qu'"il n'y a qu'un seul Reich comme il n'y'qu'une seule Eglise".

 

C'est donc là que vont avoir à se passer les grandes batailles à venir de l'Esprit, les batailles décisives du Nouvel Esprit à venir, de l'Esprit du Renouvellement, qui sera à la fois le Nouvel Esprit et l'Esprit de la Fin.

 

N'est-ce pas aussi ce à quoi travaille actuellement le Pape Jean-Paul II, à travers ses grands projets de rencontres et de recommencements religieux à l'horizon de clôture du millénaire qui finit, sur le seuil du millénaire qui vient ?

 

Aussi les deux grandes blessures béantes du saint Pontificat de Jean-Paul II auront-elles été, d'une part, la trahison des Evêques à l'égard du Pouvoir Romain, ce SIDA théologique infiltré, au sein de l'Eglise, par le Concile Vatican II, et les positions de refus intraitable que l'orthodoxie oppose aux approches nuptiales de Rome.

 

Il n'est donc plus question qu'on puisse se le dissimuler encore, les résistances sournoises, acharnées, intraitables, les sombres résistances - d'où qu'elles vinssent - à la réintégration des Eglises européennes actuelles - catholique et orthodoxe - ne sauraient être, en tout état de cause, qu'autant de manifestations de la conspiration de la puissance des ténèbres à l'œuvre, en train de s'opposer à la seule force de réveil et de présence charismatique vivante pouvant faire barrage à l'incessante avance de l'Anti-Règne desservant le "Mystère d'Iniquité".

 

Prendre toutes les dispositions de contre-intervention nécessaires pour réduire les forces de résistance et de barrage à la réintégration des Eglises européennes actuelles constitue une mission contre-stratégique décisive du front de libération grand-continentale eurasiatique de nous autres, les "gardiens du seuil".

Samuel Huntington, et la vision grand-continentale eurasiatique

 

 

On connaît les thèses principales de Samuel Huntington, auxquelles je souscrirais moi-même substantiellement, à la seule différence que je mettrais quant à moi l'accent grave non sur les concepts de culture ou de civilisation, mais sur celui de religion, qui en constitue le soubassement.

 

-          "Le choc des civilisations dominera la politique mondiale. Les lignes de fracture entre civilisations seront les lignes de front de l'avenir". Et aussi : "Les conflits entre civilisations constitueront la dernière phase de l'évolution des conflits dans le monde moderne".

 

-          "Les lignes de fracture entre civilisations remplacent les frontières politiques et idéologiques de la guerre froide en tant que sources de crises et de conflits sanglants. La guerre froide a commencé quand le Rideau de fer a divisé l'Europe politiquement et idéologiquement. Elle s'est terminée avec la levée du Rideau de fer. La division idéologique de l'Europe ayant disparu, la division culturelle de l'Europe entre chrétienté occidentale, d'une part, et chrétienté orthodoxe et islam, d'autre part, a réapparu. Comme William Wallace l'a suggéré, la ligne qui sépare de la façon la plus significative l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest pourrait bien être la frontière orientale de la chrétienté occidentale en l'an 1500. Cette ligne passe sur les frontières qui séparent actuellement la Russie de la Finlande et des Etats baltes, coupe la Biélorussie et l'Ukraine, en séparant l'Ukraine occidentale, où les catholiques sont nombreux, de l'Ukraine orientale orthodoxe, fait un détour à l'ouest pour séparer la Transylvanie du reste de la Roumanie, puis traverse la Yougoslavie en suivant presque exactement la ligne qui sépare aujourd'hui la Croatie et la Slovénie du reste de la Yougoslavie. Dans les Balkans, cette ligne coïncide naturellement avec la frontière historique entre l'Empire des Habsbourg et l'Empire Ottoman".

 

Le grand projet géopolitique d'intégration impériale eurasiatique à terme rapproché, la reprise, donc, et la réévaluation dans ses dimensions exacerbées, finales, du concept de Kontinentalblock défini - révélé - par Karl Haushofer, projet géopolitique fondamental dont nous faisons aujourd'hui la base révolutionnaire même de notre "ligne eurasiatique" devant aboutir à l'institution politico-historique de l'"Empire Eurasiatique de la Fin", tout notre combat présent et à venir, risque ainsi d'être mis en échec, à l'intérieur même de notre camp, par l'irréductibilité actuelle entre les positions du bloc européen catholique et du bloc européen orthodoxe : dépasser cette irréductibilité qui revient, fatidique, apparaît, désormais, comme le but révolutionnaire essentiel de notre entreprise impériale eurasiatique.

 

Or, les choses étant ce qu'elles sont en train de devenir et, surtout, ce qu'elles sont déjà devenues, seul le concept fondamental de l’Imperium se trouve encore en état de pouvoir assumer la tâche de ce dépassement suprahistorique : revenir en arrière jusqu'aux temps où l'unité impériale romaine n'avait pas encore eu à connaître la séparation entre l’Ouest et l'Est, l’Imperium se situant d'une manière transcendantale au-dessus de toute division, historique, religieuse, ou autre.

 

Or, aujourd'hui, à nouveau, le concept transcendantal, suprahistorique, de l'"Empire Eurasiatique de la Fin" dépasse, intègre, reconduit, assume et exalte assomptionnellement toutes les conceptions impériales successives, circonstancielles, de parcours séparationnel, inscrites dans l'histoire, entre l’Imperium des commencements et l’Imperium de la Fin.

"Il n'y a qu'un seul Reich comme il n'y a qu'une seule Eglise", écrivait Mœller van den Bruck, et, ajoutait-il, le "Troisième Reich sera éternel".

 

Et non seulement on doit comprendre que Mœller van den Bruck ne parle pas du tout, en l'occurrence, du "Troisième Reich" dans son acception national-socialiste ultérieure, acception passagère, aliénante et d'autant plus prophétiquement enracinée dans le fait visionnaire que le Troisième Reich hitlérien n'existait pas encore au moment où il écrivait son grand essai sur le Troisième Reich, mais, qui, en fait, dans la plénitude ultime de l'exigence transcendantale et assomptionnelle qui est la sienne propre, concerne, en réalité, le concept impérial final, eschatologique, suprahistorique et divin de Quatrième Reich, l’Imperium couronnant l'histoire d'après l'histoire, l'avènement du Millenium Christi : le véritable Troisième Reich n'est pas le Troisième Reich. Le véritable Troisième Reich est le Quatrième Reich.

 

Ainsi était-il apparu, à un niveau apparemment d'ordre politique et comme exclusivement politique, circonstanciel, à peine symbolique, mais comme dans l'ombre, qu'un dépassement impérial européen - voire eurasiatique, en dernière analyse - peut se trouver immédiatement concevable, par-dessus toute frontière idéologique, religieuse ou autre, quand, lors du Pacte Germano-Soviétique, de 1939 à 1941, un concept politique supérieur, implicitement eurasiatique, et en fait si ce n'est en droit de dimensions impériales grandes-continentales, avait réussi à réunir la double pétition politique grand-continentale allemande et soviétique sous l'égide d'un même Acte Unique.

 

L'heure est donc venue pour nous autres de ne plus reculer devant la reconnaissance formelle du fait que le concept de  l’'"Empire Eurasiatique de la Fin" est providentiellement tenu d'incarner très précisément le Quatrième Reich, l’Imperium transcendantal de l'histoire d'au-delà de l'histoire, où la confrontation religieusement ouverte entre catholicisme et orthodoxie trouvera sa résolution impériale eurasiatique finale.

 

Car, s'il n'y a pas de Nouvel Empire, de Novum Imperium, et encore moins d'Empire de la Fin, d’Imperium Ultimum, sans une nouvelle religion impériale, l'"Empire Eurasiatique de la Fin" devra avant tout aboutir à un renouvellement religieux impérial qui lui fut propre, engageant de l'intérieur le dépassement des religions en présence, et que ce renouvellement religieux impérial de la fin, au-delà de l'histoire, fût confirmé par une nouvelle intervention divine dans l'histoire, par une nouvelle incarnation vivante et agissante du Principium de l'ensemble du cycle révolu et qui s'apprête à recommencer

 

 

Le fondement suprahistorique transcendante de tout nouvel Imperium est contenu chaque fois dans l'incarnation historique nouvelle de son propre Principium. Ce qui peut vouloir dire que nous nous acheminons à présent, vers le Règne du Saint Esprit, vers l’incarnation historique du Paraclet, vers l'instauration d'une histoire sophianique du monde à sa fin, et celle-ci fondée dans la libération de la Sainte-Sophie de Constantinople, mission ancestrale de l'Empire Russe, mission actuelle de la "Nouvelle Russie" qui s'annonce à l'horizon révolutionnaire de notre proche histoire à venir, et qui, secrètement, est sans doute déjà là.

 

Le grand secret impérial de Nicolas II

 

D'autre part, certaines considérations d'un ordre politique supérieur doivent également intervenir, et d'une manière qui devra finir par apparaître comme tout à fait éclairante, dans l'approche en profondeur qu'il faut bien tenter d'effectuer à l'égard de la personnalité jusqu'à présent indéchiffrable de Nicolas II. Dont le temps est venu de révéler l'identité profondément cachée, de toutes les façons hors d'atteinte, correspondant à son état de "concept absolu" dans la continuité d'une lignée pantocratique, sacrée, d'une prédestination originelle suprahumaine, d'un ministère secrètement transcendantal, eschatologique, menant au-delà de l'histoire et qui en même temps y entraînera finalement l'histoire dans son entier, l'histoire d'un monde approchant lui-même sa fin, et lui imposant ainsi son ultime dimension sacrale, assomptionnelle. Car la fin sanglante, fondamentalement sacrificielle de Nicolas II va interpeller directement l'ensemble de l'histoire grand-continentale eurasiatique, sur laquelle il imprimera sa marque ardente, le chiffre spectral de son passage. Et de ce qu'il en reste. Car quelque chose en restera, qui avec chaque jour qui passe approchera encore plus de sa figure impérissable, la figure de son don de soi sacrificiel.

 

Le grand secret impérial de Nicolas II aura été, à ce qu'il me semble, celui de son attachement inconditionnel à la mission grand-continentale eurasiatique de la Russie en tant que pivot et instrument privilégié d'un dessein providentiel préconçu, de la Russie eucharistiquement crucifiée - offerte, écartelée - entre l'Europe et l'Asie dans les temps précisément de la séparation de l'Europe refermée sur elle-même et de l'Asie plongée dans son sommeil dogmatique et qui, au cœur même de cet écartèlement, ne devait pas finir d'installer - ou de tenter de le faire - l'intégration impériale finale des deux faces, la face européenne et la face asiatique ainsi que le prouve, hermétiquement, l'Aigle des Romanov - dans le corps vivant du Troisième Terme Assomptionnel, l’Eurasie, le "Grand Continent" recouvrant son identité historique antérieure et en en poursuivant l'accomplissement dans cet "Empire Eurasiatique de la Fin" qui doit en constituer la coronation à la fois historique et suprahistorique.

 

La vision géopolitique secrète de Nicolas II était tournée, à présent on le sait, vers la plus Grande Asie et vers l'ouverture planétaire à l'Océan Pacifique, son horizon de visée comportant la marche politique de l'Europe vers l'Iran, l'Irak, la Palestine et l'ensemble du Moyen Orient, l'Asie Centrale, l'Afghanistan, l'Inde, le Tibet, la Corée, le Japon et les Iles du Pacifique, et c'est précisément ce en quoi Nicolas II me parait avoir été le précurseur inspiré, visionnaire, de l'ensemble de nos grands combats géopolitiques d'aujourd'hui, qui, tous, concernent l'établissement d'une planification impériale eurasiatique finale impliquant une dernière surévaluation révolutionnaire, doctrinale et sur le terrain, des conceptions établies, dans le même sens, par Karl Haushofer.

 

"Tout homme sans parti pris est obligé de reconnaître que la Corée doit être et sera russe", écrivait l'Empereur d'Allemagne, Guillaume II, à son cousin Nicolas. II Guillaume II, qui se considérait lui-même comme l'"Empereur de l'Atlantique", appelait Nicolas II, l'"Empereur du Pacifique".Or c'est bien ce que Nicolas II avait tenté toute sa vie d’arriver a etre, l'"Empereur du Pacifique". L’"Empereur du Pacifique", mais au nom de l'Europe, avec toute l'Europe derrière lui, de l'"Atlantique au Pacifique".

 

Les services secrets impériaux contre-stratégiques de Nicolas II avaient poussé, déjà, fort loin leurs recherches sur le terrain, leur niveau de définition quant à la situation géopolitique grand-continentale eurasiatique dans la perspective des "missions impériales" de la Russie et d'investigation conspirationnelle directe, de jalonnement confidentiel de l'espace concerné et des établissements de foyers d'irradiation subversives de haute portée. En 1917, tous les plans étaient prêts pour l'investissement du Tibet par la Russie, et sa prise sous un protectorat impérial russe. Il faut en convenir, le règne de Nicolas II avait marqué le retournement de la Russie vers l'Asie, vers l’Asia Mysteriosa, l'effort mystique de l'"Empereur du Pacifique" vers le cœur vivant de celle-ci l'emportant sur toutes les autres préoccupations profondes du régime. Dans cette perspective encore confidentielle, mais dont le contre-éclairage fera ressortir bien de choses, bien de situations inédites, la guerre que la Russie venait de perdre face au Japon - ces noces de fer et de feu, qui perduraient souterrainement - prend une toute autre signification, d'où toute dimension négative disparaît. Une signification sacrificielle et liturgique, suivant la dimension prophétique vivante, assurée dans et par le sang, dont la communion des deux parties en jeu, la russe et la japonaise, dans la mort et par le dépassement de la mort en fera, dans l'invisible, l'épreuve initiatique commune ouvrant le chemin vers un autre état de communion héroïque, sanctifiante, impériale dans le sens le plus ontologique du terme.

 

Un témoignage de Karl Haushofer

           

 

 

Ainsi Karl Haushoter ne s'était-il pas du tout laissé égarer quand, dans un texte d'une portée visionnaire inappréciable, en date de 1940, texte imprimé mais non diffusé, intitulé Le bloc continental Europe Centrale-Eurasie-Japon, essayait de donner son véritable sens aux cérémonies funèbres communes russo-japonaises qui, dans l'avant-guerre de 1929-1945, avaient eu à célébrer liturgiquement la levée des corps de combattants tombés pendant les cinq mois de confrontations meurtrières ayant opposé en Mongolie, les forces d'intervention soviétiques et japonaises.

 

 

Karl Haushofer : "Alors les deux parties combattantes ont reçu en même temps, l'une de Moscou, l'autre de Tokyo, l'appel à mettre un terme à cette lutte. C'est ce qui fut alors fait dans une scène grandiose au cours de laquelle, d'une manière vraiment japonaise, une cérémonie mortuaire commune pour les âmes des guerriers morts fut célébrée sur le terrain dans la zone antérieurement contestée ; malgré le caractère religieux du cérémonial et bien que cela ne dût pas lui être facile, du point de vue idéologique, le général soviétique Potapow assista à la cérémonie avec une tenue parfaite. Ces fêtes telles que les organisaient les Japonais ont une importance psychologique considérable. A la tête des troupes qui, drapeaux déployés, marchent sur le terrain où se trouve l'autel, un général âgé, s'avance vers l'autel des morts. Chaque Japonais est fermement persuadé que les âmes des guerriers morts sont réellement présentes autour de cet autel pour recevoir le message de l'empereur.

 

Avoir assisté d'une manière impeccable à cette très longue cérémonie constitue un témoignage qui fait honneur à la remarquable capacité d'adaptation du général soviétique et de ses officiers. Comme il est exclu qu'on tourne le dos à des esprits, tous les participants à la cérémonie durent, le visage tourné vers l'autel, parcourir une longue distance en marchant en arrière. Ce serait un sacrilège que de tourner le dos aux esprits des ancêtres qui sont considérés comme présents. Cette cérémonie, pénétrée d'une religiosité absolue, présente du point de vue de la psychologie des peuples quelque chose de très intéressant et de très convaincant ; elle fît également une profonde impression sur des hommes qui, riches de nombreuses expériences recueillies à travers le monde, étaient autorisés à assister à une telle cérémonie et qui pouvaient se dire : ici tout un peuple croit fermement à la migration des âmes. Il croit que pendant la brève existence terrestre on peut au moyen d'action méritoires pour la patrie s'acquérir une place élevée dans cet au-delà, ou qu'en cas de défaillance on tombe en bas. Le sentiment qu'à l'exception de quelques libres penseurs qui tendent à cacher leur impressions personnelles tout un peuple est ardemment animé de cette conviction, donne à ce peuple une force, une cohésion et une disposition au sacrifice énormes".

 

Le dernier mot, « l’apparition du sauveur final »

 

Le sort de l'Europe et le sort actuel du monde dépendent de la Russie, du redressement final de la Russie. Un redressement ayant le sens et l'importance d'une véritable renaissance, d'un retour à son être antérieur, à sa prédestination originelle, à sa mission impériale eschatologique ultime, et pouvant ainsi donner l'impulsion décisive au mouvement révolutionnaire de l'intégration politico-historique totale de l'Europe grand-continentale eurasiatique. Mouvement révolutionnaire qui seul serait encore capable de changer, aujourd'hui, la face du monde, d'arrêter la marche en avant de l'histoire mondiale vers la crise finale, irréversible, vers la déshumanisation totale et la dictature totalitaire du non-être, vers l'Anti-Empire de la Fin, quand sera appelée à se manifester la toute-puissance du "Mystère d'Iniquité".

 

On a vu quel est le faisceau des conditions nécessaires au redressement salvateur de la Russie. Mais on n'a pas encore parlé de la plus importante d'elles, de qui tout le reste en dépend, à savoir l'apparition de l'"homme du plus grand destin", du "sauveur de la fin". Car c'est bien l'"apparition" de celui-ci qui signifiera l'acceptation de la Divine Providence quant au redressement abyssal de la Russie, et quant à la mission salvatrice finale dont celle-ci s'en trouvera ainsi chargée.

 

C'est ainsi l’« apparition du sauveur final » qui dira que le moment est venu, que le renversement de la situation actuelle se trouve déjà en train d'avoir lieu. Car cela va commencer par se faire confidentiellement, pour éclater ensuite en plein jour.