La Voie droite

17.10.2019

Le catholicisme romain dit “de tradition” nous met souvent en garde contre le complot judéo-maçonnique, façon un peu schématique de désigner l'Antifrance — cette faction nuisible qui, en effet, depuis trois siècles, entend déchristianiser et déconstruire la France. Même si la réalité est plus complexe qu'un “complot” servi par des êtres “méchants” (du point-de-vue matériel et immanent), c'est globalement exact.

Nous constatons simultanément que ce même milieu est très sensible à la menace islamique, au voile “intégriste”, à l'industrie alimentaire du hallal, à la prolifération des magasins “kebab” et autres manifestations visibles de l'installation en France depuis les années 1970 de communautés entières en provenance des terres d'Islam.

Cette islamophobie (crainte obsessionnelle pour tout ce qui relève de l'islam et des civilisations islamiques), alimentée par les attentats se revendiquant de l'islam politique (dans sa version sunnite et salafite) — et dont les liens avec nos services et les services occidentaux ne sont pas très clairs — n'a que des yeux de Chimène pour la communauté juive “éclairée” (Alain Finkielkraut, Éric Zemmour, William Goldnadel) et pour la franc-maçonnerie “éclairée” (Gilbert Collard, Xavier Bertrand).

Tous ces grands prophètes “éclairés” sont issus de cette même faction “judéo-maçonnique” qui a, selon le catholicisme de tradition, détruit la France et ouvert les frontières à des millions d'immigrés extra-européens apportant avec eux, ce qui est logique, leur culture, leur religion, leur identité. Dès lors, nous pouvons nous poser la question de la cohérence politique et intellectuels des milieux dits “traditionalistes”.

Militer contre la présence de la religion dans l'espace public, c'est prendre le risque de se voir interdire les processions catholiques. Dénoncer le voile islamique et tout signe “ostentatoire”, c'est prendre le risque de voir éradiquer des édifices publics tout rappel aux racines catholiques (et non “judéo-chrétiennes”, comme le prétend Zemmour) de la France: crèches de Noël, mantilles, crucifix, etc.

Ces “traditionalistes” se rallient au monde moderne, au rationalisme des Lumières, à la République laïque — bref, à l'univers qui a détruit, sciemment ou non, la France et la Chrétienté. Tout cela sous prétexte de contrer l'islamisation rampante… Mais l'outil moderne et laïque prend possession de celui qui l'utilise! La définition même de tout outil.

Ce n'est pas l'islam en tant que tel le problème — il est au maximum un des multiples symptômes de notre néant — mais le monde moderne et ses valeurs. Une France catholique et royale, enracinée dans son être et son histoire, n'aurait jamais accepté une telle situation. Et c'est bien parce que les Français doutent d'eux-mêmes qu'ils s'engouffrent dans le piège de l'obsession antimusulmane.

Les vrais sujets sont: les migrations transcontinentales, non maîtrisées; la perte d'identité des Français et des Européens, “américanisés” puis “anéantis” dans leur être et leur devenir; l'absence de volonté de puissance de la France et de l'Europe, ventres mous de la globalisation marchande. À la racine de tous ces problèmes, le capitalisme marchandise tout ce qui peut l'être, jusqu'aux liens sociaux, jusqu'aux personnes. Un capitalisme indifférent aux générations futures et à la place de notre identité au sein du genre humain. Indifférent à notre existence et à notre pérennité.

Le véritable clivage se situe entre la Tradition, entendue comme réalité pérenne et non passéiste, et le monde moderne, désaxé et invertébré: c'est bien l'universalisation d'un Occident moderne et dégénéré qui pose problème, non l'Islam en tant que tel.

Les phénomènes wahhabites et salafites sont des excroissances, non de la Tradition islamique (chiisme, soufisme), mais de la Réforme (al-Iṣlāḥ) dans ses tendances les plus éradicatrices et les plus fondamentalistes — et la destruction de cette peste ne constitue pas un problème, la France disposant de tous les moyens pour cela — d'autres combats seront plus délicats, et nous n'avons pas d'énergie à perdre.

Cette erreur de discernement risque de nous coûter très cher.

Pour vaincre, il faut avoir trois batailles d'avance. Hélas, la “Tradition” chrétienne, surtout latine, semble avoir trois guerres de retard.

Je n'ai rien contre Éric Zemmour, il permet sans doute d'en finir avec un certain angélisme stupide. À la différence de la plupart des “antisionistes”, je le crois même sincère. Mais, pour des raisons familiales et communautaires, il ne pourra jamais remettre en question les fondements même de la République des “Lumières”.

Ni la France, ni l'Europe boréenne, ni la Chrétienté ne pourront renaître sans la destruction préalable de l'imposture intellectuelle et philosophique des Lumières antitraditionnelles. Ce combat est universel et nécessite d'avoir des alliés.

Et surtout de ne point se tromper d'amis, ni d'ennemis.

La politique n'est pas une affaire de sentiments ni de “phobies”.

Ceux qui veulent notre mort définitive ne se contentent pas de couteaux ni de bombes. Depuis trois siècles, ils ont dénaturé, déformé, déconstruit tout ce à quoi nous sommes attachés. Ils nous ont progressivement interdit d'être ce que nous sommes, par des législations iniques, la falsification de la vérité historique et le contrôle de notre Mémoire. Ils ont précipité à plusieurs reprises l'Europe dans une guerre mondiale.

Soyons, diffusons, transmettons. Le dernier combat vient.