Nouvel aperçu: Guerres hybrides, opérations psychologiques et armes non militaires

04.05.2019

https://www.geopolitica.ru/en/article/new-insight-hybrid-wars-psyops-and-non-military-weapons

Le dernier livre de Leonid Savin réussit à faciliter la connaissance des nombreuses méthodes de Guerre Hybride et à renforcer l’articulation entre leurs différents éléments grâce à des techniques de coaching, servant de point d’entrée éclairant pour ce sujet pour ceux qui auraient pu se sentir intimidés par sa complexité.

Le dernier livre de Leonid Savin, expert géopolitique russe estimé et rédacteur en chef du groupe de réflexion Geopolitica.Ru, porte sur la relation entre les techniques de coaching et les conflits, comme le suggère son titre - « Coaching & Conflicts » -, mais c'est aussi beaucoup plus que cela, car il approfondit un large éventail de sujets liés à la Guerre Hybride, mais d'une manière qui en simplifie l’abord pour le lecteur. Savin commence par expliquer les bases théoriques de la guerre moderne, ce qui, selon lui, devient de plus en plus gris ou "hybride", comme le prédisaient les stratèges américains dans les années 1990. Il présente également au lecteur certains concepts de gestion qui ont leur origine dans le monde des affaires, notamment le coaching, qui encadrent le reste de sa publication en plaçant le tout dans sa propre perspective opérationnelle.

L’argument principal de l’auteur est que la nature non linéaire et chaotique des conflits actuels masque en fait un système de semi-organisation minutieusement planifié et constamment peaufiné par des techniques de coaching en coulisse. Les publics ciblés sont conditionnés pour accepter les récits de guerres informationnelles utilisées à des fins militaires tandis que des cohortes sélectionnées sont motivées à déstabiliser leur pays juste en dessous du seuil cinétique au travers des Révolutions de Couleur, tout en recourant parfois à des provocations violentes pour catalyser des effets de boule de neige dont ils peuvent ensuite tirer parti. Les conflits actuels, explique Savin, ont dépassé la prévisibilité de Clausewitz et sont passés au domaine de la théorie du chaos, en présentant une véritable révolution dans les affaires militaro-stratégiques grâce à l'intégration des médias, des ONG et des instruments financiers.

L'un des aspects les plus perspicaces du travail de Savin est son insistance sur le fait que la Russie doit se libérer du contrôle psychologique auquel certaines parties du pays sont soumises.

Il fait valoir que certaines institutions russes, que des observateurs extérieurs pourraient naïvement considérer comme étant en étroite coordination avec les objectifs de l'État proclamés publiquement, vont effectivement à l'encontre des intérêts nationaux, ce qui peut paraître surprenant à certains s’ils ne connaissent pas les nuances plus profondes de la politique russe et des personnalités impliquées. En réponse, il demande instamment aux représentants de son pays d’imaginer leur propre approche sur chaque sujet, y compris en luttant contre la subversion de la Guerre Hybride et en fournissant un élément de résistance unique à l’appel du Soft-Power occidental.

Le reste de « Coaching & Conflicts » explique comment les théories exposées par l’auteur ont été appliquées en Syrie et en Ukraine, en insistant sur les éléments de guerre en réseau et la tactique par essaim employée dans les deux pays. C’est particulièrement intéressant de voir à quel point Savin expose en profondeur le réseau d’ONG de son fondateur Pierre Omidyar en Ukraine, fondateur d’eBay, et le rôle qu’il a joué dans l’EuroMaidan. Ses agents d'influence ont mené des opérations de préconditionnement social pendant des années en recrutant activement dans tout le pays et en organisant des sessions de formation régulières pour leurs supporters. Bien que Soros soit mondialement connu pour son implication dans ce genre de choses, Savin montre qu'il existe d'autres "hommes d'affaires-philanthropes" qui font la même chose, bien que beaucoup plus dans le secret, leurs activités étant moins surveillées.

À un moment particulièrement stimulant de son livre, Savin explique à quel point les ONG occidentales ont fait d’une arme la question du genre dans le but de déstabiliser les sociétés traditionnelles en détruisant leurs unités familiales.

Il note que l'USAID exporte les deux idéologies du libéralisme et du féminisme en créant des groupes de mobilisation sociale qui militent pour l'avortement et mènent clandestinement des campagnes de stérilisation contre les communautés défavorisées des pays du Sud. Selon lui, "la modernisation des femmes en consommatrices de haut niveau et en contribuables était l'une des prérogatives du féminisme de seconde vague, durant laquelle les libertins agissaient comme des destructeurs de l'ordre ancien par le biais de leur révolution sexuelle", une affirmation audacieuse qui donne néanmoins beaucoup à méditer au lecteur.

Tous les lecteurs apprendront certainement beaucoup du chapitre sur les interventions militaires indirectes, dans lequel Savin affirme que les États-Unis exploitent des missions de lutte contre la drogue, de lutte contre le terrorisme et d’entraînements pour intervenir indirectement dans un éventail vertigineux de pays, dont quatre sur cinq sont des partenaires de défense mutuelle de la Russie au sein de l’OTSC. Il met en exergue une longue liste de pays ayant des accords de sécurité bilatéraux de divers types avec les États-Unis, après quoi il énumère les nombreuses agences de sécurité américaines avec lesquelles ils coopèrent. Il est révélateur de voir à quel point l’appareil de sécurité des États-Unis est véritablement mondial, ainsi que le nombre de pays dans lesquels il est partiellement infiltré à travers le monde par le biais d’interventions militaires indirectes.

S'appuyant sur ce qui précède, Savin élabore ensuite une méthode de plus en plus populaire d'interventions militaires américaines indirectes en décrivant les concepts interdépendants d'assistance humanitaire / secours en cas de catastrophe (HA / DR, tels qu'il les abrège).

Celles-ci sont dirigées par le Pentagone et conduisent généralement à une image extrêmement positive pour les États-Unis, mais il pense qu'elles sont également guidées par le business et menées de manière sélective à des fins géostratégiques, étant donné qu'elles se déroulent principalement dans les points de passage maritimes et les régions côtières où d'énormes fractions de la population mondiale résident. Savin pense qu'il s'agit en fait d'une couverture pour la formation des forces américaines à la préparation d'interventions futures plus vastes et plus hostiles, ainsi que pour le développement d'une interopérabilité commune entre ses nombreux services de sécurité. Par conséquent, ce sont aussi des occasions parfaites d’entraînement.

À l'approche de la fin du livre, Savin explique le concept de géoéconomie, qui prend de plus en plus d'importance car « l'art d'analyser et de contrôler les limitations économiques d'autres pays est devenu l'un des aspects de la politique étrangère américaine ». Des réseaux tels que le FMI et des banques telles que la Banque Mondiale sont des acteurs clés de ce jeu, de même que le système de notation international sous contrôle occidental par lequel la Russie est malheureusement influencée (de sa propre volonté, ajoute-t-il, selon ce que l'on propose être la sixième colonne opérant au sein de sa Banque Centrale). La géoéconomie est certes un sujet qui mériterait une analyse distincte et un livre qui lui soit consacré, mais son inclusion dans « Coaching & Conflicts » doit mettre en évidence sa pertinence pour l’approche de la Guerre Hybride.

Quelques uns des derniers points sur lesquels Savin porte son attention concernent le lobbying qui ne devrait jamais être sous-estimé en raison de son rôle démesuré dans l'élaboration de la politique, ce qu'il prouve de manière convaincante en racontant l'histoire d'Ahmed Chalabi et en expliquant comment il a finalement réussi à obtenir des États-Unis d’envahir l'Irak.

Plus ostensiblement, la culture pop est un champ de bataille de la Guerre Hybride qui touche tout le monde en raison de son omniprésence et de la manière dont on peut la transformer en arme afin d'intégrer certaines idées dans le subconscient de la société dans le cadre d'une campagne d'influence plus large, telle que par exemple ça a pu être le cas par l'implication de certaines célébrités hollywoodiennes comme Angelina Jolie qui ont popularisé certains conflits

internationaux par la vidéo scénarisée mais néanmoins virale intitulée « Je suis un Ukrainien ».

À la fin de son livre, Savin inclut une annexe qui passe brièvement en revue quelques Révolutions de Couleurs pour montrer pourquoi elles ont réussi ou non, ce qui pourrait inspirer les lecteurs intéressés à en savoir plus à leur sujet s'ils sont curieux de découvrir à quel point ses théories sont applicables du point de vue de leurs résultats. Globalement, « Coaching & Conflicts » appelle à une lecture perspicace qui peut réussir à rendre abordable des concepts très difficiles, à informer le public sur ceux qu’ils ne connaissaient peut-être pas et à amener les gens à reconceptualiser ceux qu’ils avaient déjà considéré comme acquis. Le livre fait un peu plus de 150 pages, ce qui permet de le lire en un ou deux jours, mais ses leçons resteront toujours pertinentes.

Pour plus de détails sur la manière de commander le livre, écrivez à editor@geopolitica.ru.

 

Plus d’info sur le livre : https://www.geopolitica.ru/en/news/coaching-conflicts-new-book-leonid-savin-english-out-now

 Source - http://www.in-limine.eu/2019/05/nouvel-apercu-guerres-hybrides-operations-psychologiques-et-armes-non-militaires-par-andrew-kory...