Ideologie

Anatomie du Japon moderne

07.07.2021

L'archétype de Mishima dans la culture japonaise d'après-guerre est le plus haut exemple de dialectique subtile, dans laquelle la combinaison particulière du libéralisme moderniste incorporé à un certain nombre d'aspects matriarcaux du shintoïsme est devenue clairement évidente. Ainsi, une nouvelle culture japonaise a été construite, dans laquelle tout ce qui était proprement japonais, lié à l'identité japonaise authentique, était interdit, perverti ou remplacé. Cette culture, qui a donné des noms brillants dans la littérature, le cinéma, la musique, etc., était fondée sur la dégradation rapide de l'esprit traditionnel japonais, sur la désintégration profonde des symboles célestes, dissipant tout de manière entropique en particules infiniment petites. C'était une culture en déclin qui fascinait l'Occident en grande partie pour son exotisme, sa rapidité et son originalité. Les intellectuels japonais de l'après-guerre qui ont décidé d'"attendre un peu plus longtemps..." ont rendu cette situation d'autant plus douloureuse et perverse.

Ingmar Bergman: national-socialisme familial et personnel

02.10.2018

« Да-а ! Эти наши неимоверно долгие, непостижимые, нескончаемо таинственные, упругими жгутами перекрученные преступные жизни ! »

Анатолий Ливри, «Апостат»

De l'étude de la Tradition primordiale en Afrique

23.12.2017

Revenons à présent sur la mythologie yoruba. À côté des mythes de la création du monde qui mettent en scène les usurpateurs ou conquérants Oranmiyan et Oduduwa, il en existe qui présentent la création comme œuvre du seul Obatala. Cela serait un témoignage du mythe d’origine yoruba. Dans ce premier contexte, les parallèles entre le Manu hindou et Obatala. Tout d’abord avec le mythe de la création du monde. Les deux sont les premiers rois de la terre, qu’ils bâtissent eux-mêmes, avec l’aide de l’Être suprême, mais aussi avec leur propre ingénuité après que le monde fut réduit à une grande étendue d’eau. Outre le passage de l’étendue d’eau à la terre, ils sont responsables de la création de l’humanité. Nous nous demandions tout à l’heure si la création de l’humanité à partir d’argile était une image, pour la genèse de l’humanité, d’un ascendant à ses descendants. Il semble que ce soit effectivement le cas, comme l’indique la comparaison avec Manu. Comme ce dernier, Obatala est considéré, parmi les orishas, comme l’incarnation de la pureté morale, de la paix, et de la lumière céleste. En s’intégrant dans les mythes de la création du monde à des fins politiques, Oranmiyan, Oduduwa et leurs descendants ont, semble-t-il, procédé à une forme manifeste de l’erreur moderne. En changeant le sens originel de la création de la terre et la genèse de l’humanité pour en tirer une légitimité politique, ils auraient été les archétypes de la déformation de la tradition primordiale à des fins personnelles. Avant l’arrivée d’Oduduwa, il semble que la ville d’Ife, lieu d’origine du monde, était sous la domination du clan d’Obatala. Le chef du clan d’Obatala aurait été, à l’origine, le représentant du législateur divin sur terre. Pour Guénon, l’incarnation du roi du monde, qui doit être un roiprêtre responsable de l’harmonie et de la paix par excellence, est rarement évoquée en Europe, à part dans les cercles guénoniens. Elle est au contraire extrêmement courante en Afrique, où elle a été désignée sous le nom de « royauté divine africaine ». Elle est en vigueur non seulement chez les Yorubas, mais aussi chez d’autres peuples que nous avons mentionnés, comme les Akans ou les Shilluks. La couronne de perles qui cache le visage des rois yorubas et qui empêche les descendants d’Oduduwa d’être vus du commun des mortels est peut-être une réminiscence de la nature cachée du roi du monde, qui n’est pas accessible durant les périodes d’âge sombre. D’après le  philosophe nigérian Kola Abimbola*, d’après la tradition authentique yoruba, Olodumare n’a ni créé Obatala, ni Eshu l’orisha de l’imprévisibilité, ni Orunmila, qui existaient avec lui depuis l’origine et que l’Être suprême a toujours consultés. Seuls les autres orishas auraient été créés a posteriori. De manière tout à fait intéressante, l’Agarttha (nom de la demeure du roi du monde selon la tradition hindoue), renfermerait non seulement son chef, le « Brahmâtmâ », « support des âmes dans l’Esprit de Dieu » ; mais aussi ses deux assesseurs le « Mahâtmâ », « représentant l’Âme universelle », et le Mahânga, « symbole de toute l’organisation matérielle du Cosmos » » […] le Mahâtmâ « connaît les événements, de l’avenir », et le Mahânga « dirige les causes de ces événements » ; quant au Brahâtmâtmâ, il peut « parler à Dieu face à face », et il est facile de comprendre ce que cela veut dire, si l’on se souvient qu’il occupe le point central où s’établit la communication directe du monde terrestre avec les états supérieurs et, à travers ceux-ci, avec le Principe suprême ». Pour résumer, chez les Yorubas, Obatala est le seul être à savoir où Dieu habite, et il est son intermédiaire privilégié sur terre. Il était probablement le seul à l’origine. Son autre nom, Orisha, signifie « celui qui possède les têtes » et est donc parfaitement assimilable au Brahâtmâtmâ, alors qu’Orunmila, divinité de la divination, correspondrait au Mahâtmâ, et Eshu, personnification du principe d’imprédictibilité dans les évé- nements du monde, représenterait Mahânga. En conclusion de ce chapitre, je dirai que l’Afrique constitue potentiellement, lorsque l’on prend le temps de défricher consciencieusement cette forêt spirituelle, un puits illimité de connaissances liées à la tradition primordiale. Si cette dernière est universelle, il demeure plus que jamais évident que son commencement a pris naissance là où est née l’essence de l’humanité, à savoir en Afrique. De facto seul un processus initiatique dans les confréries traditionalistes africaines, qualifiées par des anthropologues barbares occidentaux comme étant des « cercles animistes », pourrait enfin permettre aux Africains de faire face efficacement, au-delà du politique, à la mainmise ésotérique des pouvoirs occultes sur le continent, tels que les loges maçonniques. L’aspect fermé de ces cercles a souvent été source de diabolisation dans le monde dit « moderne ».